L’invité de L’Hebdo : Philippe Drapeau, la voie de l’adoption

Publié le 16 mars 2017 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Philippe Drapeau, trésorier adjoint d’EFA 17 sur le Vieux Port

L’adoption n’est pas un acte anodin. Une association aide les futurs parents dans leurs démarches. Elle est menée par des adoptants à l’image de Philippe Drapeau.

L’association Enfance et familles d’adoption de Charente-Maritime (EFA 17), met en avant que chaque enfant à droit à une famille. C’est une valeur que porte également son trésorier adjoint, Philippe Drapeau, lui-même papa d’une adolescente, adoptée en Éthiopie il y a 7 ans.

Quelles sont les actions d’EFA 17 ?
C’est une association départementale affiliée à Enfance et familles d’adoption, qui collabore avec le gouvernement pour les projets de loi et les textes qui touchent à l’enfance et à l’adoption. C’est un mouvement tourné vers l’enfance, ce qui est regardé c’est l’intérêt de l’enfant et son droit à avoir une famille. Ce ne sont pas les familles qui ont le droit d’avoir un enfant.

Comment vous êtes-vous intéressé à cette association ?
Ma femme et moi ne pouvons pas avoir d’enfant biologique et après un parcours de procréation médicalement assistée qui s’est soldé par un échec, la psychologue du centre de PMA a évoqué la possibilité de l’adoption avec nous. Par chance, un couple d’amis a adopté. Nous en avons discuté longuement avec eux. Et on a fait les premières démarches en 2007.

Quelles sont-elles ?
Contacter le conseil départemental pour connaître la procédure. Nous avons ensuite enclenché notre demande d’agrément, car pour adopter en France, il faut être titulaire d’un agrément qui est caduc au bout de 5 ans.

Il est réputé pour être le parcours du combattant…
(Rires) Quand vous êtes au tout début, oui. Mais je dirais que c’est le premier ! L’agrément nécessite des entretiens avec des assistantes sociales, un psychologue. Certaines familles peuvent trouver que les professionnels sont intrusifs, ça n’a pas été notre ressenti. Mais il faut remettre dans le contexte de l’époque.

C’est-à-dire ?
C’était il y a 10 ans, la réunion pré-agrément n’existait pas. Aujourd’hui, les couples qui veulent adopter sont invités à y assister au Conseil départemental où le visage de l’adoption et les démarches à accomplir sont présentés. Le discours tenu est assez dur. Il y a de moins en moins d’enfants adoptables, alors tous les agréments qui seront délivrés ne mèneront pas à une adoption. Nous, nous avons rencontré les professionnels et à l’issue des 9 mois de procédure notre agrément a été accordé.

9 mois, tout un symbole…
Oui, c’est le délai légal pour statuer. En Charente-Maritime, c’est respecté, ailleurs ça peut traîner. Nous l’avions fait ouvrir aux pupilles de l’État comme à l’international pour ne pas limiter nos chances. Il y a plusieurs possibilités pour l’international.

Quelles sont-elles ?
On peut partir en démarche individuelle vers un pays ; passer par un organisme agréé pour l’adoption (OAA) ; ou l’agence française pour l’adoption (AFA). On ne se voyait pas faire une démarche en individuel. L’AFA n’est pas facile à contacter. Et comme le conseil départemental donne une liste des OAA agréées dans le département, nous en avons contacté plusieurs. Nous avons été reçus par Les Amis des Enfants du Monde (AEM), situé en Vendée, et là le deuxième parcours du combattant commence : entretiens, rendez-vous avec un psychologue.

Comme si vous repartiez vers un autre agrément…
Tout à fait. Mais quand on devient parents adoptants, on comprend. Les OAA s’engagent à accompagner des couples pour mener à une adoption. Ils doivent être sûrs que la famille est en capacité de recevoir l’enfant qui leur sera proposé. Tout s’est bien passé et l’OAA a accepté de s’occuper de notre dossier. On a signé un projet de mise en relation qui nous permet de savoir vers quoi on s’engage en termes de formalités et financièrement.

Avez-vous eu le choix du pays ?
Non, les OAA travaillent avec plusieurs pays. Nous avons été orientés vers Haïti avec un dossier administratif à envoyer. En janvier 2010, il y a eu le tremblement de terre et tout s’est arrêté. Notre dossier était sous les décombres d’un tribunal quelconque. On nous a réorientés vers l’Éthiopie. Et au mois de mars on nous a dit qu’on avait un apparentement. Retour en Vendée une semaine après Xynthia. Je me souviens, sur le chemin c’était inondé partout. Nous y avons fait connaissance avec notre fille en photo. Et là, c’était… (émotion) Elle avait 7 ans.

Que se passe-t-il ensuite ?
Nous signons les papiers et rendez-vous en juillet à Charles-de-Gaulle. On s’est retrouvé à plusieurs couples, accompagnés par deux membres de l’association qui assurent la logistique. Arrivés en Éthiopie, nous avons fait connaissance avec notre fille, elle avait 7 ans et demi. C’est ce qu’on appelle un enfant grand dans le monde de l’adoption.

Ils ne sont pas dans des situations très faciles…
Ils ont des années d’histoire derrière eux. La sienne était particulière. Elle avait été abandonnée à la naissance, puis recueillie par une femme qui l’a confiée à un orphelinat quand elle avait 6 ans, n’ayant plus les moyens de s’en occuper. Elle a vécu deux ruptures et deux personnes qu’elle ne connaissait pas sont venues la chercher.

Comment les enfants sont-ils préparés à la venue des parents adoptants ?
On avait envoyé un album photo et ils lui avaient expliqué qu’elle allait partir dans un autre pays, prendre l’avion. Nous l’avons rencontré 2 demi-journées et la 3e on repartait avec elle.

Vous ne parliez pas la même langue…
Non, mais nous avions emmené un imagier. Quand elle y a vu l’avion elle a fait un signe vers elle et vers le ciel. On a attendu longtemps à l’aéroport, elle a été adorable. Et dès que l’avion a décollé, elle s’est endormie. Il y avait de la tension, car quitter son pays c’est énorme.

Comment accueille-t-on cet enfant avec son passé et l’envie de lui donner tout de suite de l’amour ?
A son arrivée, on a vécu une semaine en autarcie pour que notre fille puisse s’orienter. On a assuré ses besoins de base et on lui a donné des repères pour les repas, aller se coucher. On a beaucoup joué. Puis elle a rapidement enregistré des mots de français. On a eu la chance d’avoir une fille qui ne s’est pas fermée.

Aujourd’hui, que pourriez-vous dire à de futurs adoptants ?
Je me souviens qu’à notre première réunion d’EFA, nous avions rencontré un couple qui avait adopté en Éthiopie et qui nous avait dit : « C’est difficile, mais à l’arrivée il y a le bonheur ».

Propos recueillis par Carine Fernandez



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