L’invité de L’HEBDO : Pierre Venayre, directeur du Stade rochelais

Publié le 1 décembre 2016 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Pierre Venayre, l’un des cadres du Stade rochelais, dans son antre de Marcel Deflandre

Pierre Venayre, l’un des cadres du Stade rochelais, dans son antre de Marcel Deflandre

Pierre Venayre, le directeur général du Stade Rochelais, explique les raisons de la belle saison de son club.

Ancien joueur professionnel du Stade Rochelais, Pierre Venayre est désormais l’un des personnages les plus influents du club jaune et noir. Mais s’il travaille maintenant dans un bureau, il jette souvent un regard vers le pré…

Le Stade Rochelais sur le podium du top14, c’est une bonne surprise ?
Cela fait 15 ans que je suis au club, j’ai eu le temps de le voir évoluer. C’est évidemment une bonne surprise. Nous sommes montés en puissance petit à petit, ce n’est pas non plus un hasard, c’est une sur-performance si l’on compare les budgets des autres clubs. Il y a eu du boulot de fait. Et en profondeur. Un jour ou l’autre, le travail finit par payer. La logique économique est contredite par la logique sportive en ce moment mais on sait que cela ne dure jamais longtemps. Avec Vincent Merling, le président, on revoit le stade en 2001 avec la tribune en bois avec 3 000 ou 4 000 personnes, quand on voit que maintenant il y en a 15 000 pratiquement à chaque match… On est loin d’un match de coupe de la ligue contre Bourgoin, il y avait 5 cm d’eau sur la pelouse il y avait à peine 2 000 personnes… Nous n’oublions pas d’où nous venons. Cela permet de garder de l’humilité et de la modestie. Je crois que nous sommes davantage un club de pro D2 dans la dernière décennie qu’un club de top 14.

Est-ce que l’ancien joueur que vous êtes aurait aimé être coaché par Collazo ?
Je ne sais pas. Ce sont deux époques différentes. Le joueur Pierre Venayre n’aurait pas eu les qualités pour jouer aujourd’hui. Travailler avec le staff actuel, les conditions d’entraînement et de jeu sont extraordinaires. C’est incomparable. Quand je suis arrivé c’était Jean-Pierre (NDLR, Elissalde) qui entraînait avec Ronald White. On allait faire de la musculation chez Papy Favreau sans être contrôlé, il n’y avait pas de préparateur physique… Un kiné venait de temps en temps. Aujourd’hui, le staff c’est 15 personnes dont 4 préparateurs physiques, 3 kinés, 3 entraîneurs… Rien n’est laissé au hasard. J’étais un bon joueur de Pro D2 mais aujourd’hui, je ne serai pas invité.

Le Stade progresse depuis trois saisons. Où cela va-t-il vous mener ? Au titre ?
Si l’histoire d’un club se résumait à l’obtention d’un titre, qu’est-ce qu’il resterait une fois que l’on a atteint l’objectif ? Un club, c’est plus que cela. La mission du Stade Rochelais c’est de générer de grandes émotions collectives, procurer du plaisir et du bonheur. Peut-être que cette mission nous mènera un jour à aller au Stade de France ou dans le futur stade de la fédération française de rugby… La finalité n’est pas là. Notre club aura 120 ans en 2018, il a des équipes dans toutes les catégories, des bénévoles, des salariés. On met les choses en perspective.

Vous n’êtes pas né ici mais êtes devenu quasiment plus Rochelais qu’un Rochelais…
J’ai joué plus de 100 matchs avec le Stade. Quand on défend les couleurs jaune et noir, on défend aussi les couleurs d’une ville. Forcément, on s’identifie à cette ville. La Rochelle est attachante, elle a une identité, une histoire, une façon de vivre qui me correspond, cette culture protestante. Je me reconnais dans ses valeurs : le travail, une certaine discrétion…

Il y a un attachement aussi à un personnage : le président Vincent Merling…
C’est vrai. Il savait que j’avais fait des études avant d’être joueur, je m’étais préparé à l’après-rugby. Nous avons développé des affinités. J’ai arrêté jeune, plus tôt que prévu à 28 ans. La parenthèse rugby était terminée et je me voyais repartir vers un parcours plus classique. Vincent m’a proposé de rester au club. L’organisation, la structuration restaient à mettre en place, même si le travail avait déjà initié par Serge Milhas. J’ai accepté parce que c’était lui. On partage des valeurs, on a des relations très proches, quasi filiales. D’ailleurs ses enfants me chambrent de temps en temps en disant ils ont l’impression qu’il y a un fiston de plus dans la famille.

Vous êtes diplômé de Sciences po ?
Oui, mais des diplômés, il y en a partout. Nous nous sommes retrouvés humainement sur des valeurs communes. Nous avons les mêmes références et référents, c’est ce qui fait que cela fonctionne. C’est un secteur où il y a de la pression, des ego, des sollicitations. Avoir une immense confiance de la part du président fait que l’on peut travailler sereinement. La force de Vincent Merling c’est qu’il n’est pas là pour son ego ni pour un projet personnel. Cela fait 25 ans qu’il est présent. Il a la grande qualité de faire confiance et de déléguer. Quand je parle avec d’autres collègues du top 14 ou de foot, ils me disent que j’ai de la chance d’avoir un président comme lui.

Quels sont vos projets ?

Nous avons 2 grands axes : l’Apivia park et le développement du stade. Nous avons une convention d’occupation du stade Marcel-Deflandre pour une durée de 50 ans. Cela nous permet d’investir, nous possédons des droits de quasi-propriétaire. C’est ce qui nous a permis de construire, pour 5 M d’euros, la tribune Jackson. On veut agrandir et couvrir la 4e tribune pour continuer à développer nos ressources économiques. Nous devons développer la qualité de l’expérience que nos supporters veulent vivre.

Vous pensez au stade connecté ?
Nous avons plutôt envie de faire un stade déconnecté. Les gens ne viennent pas pour avoir les yeux rivés sur leur téléphone mais pour se rencontrer, échanger, se parler. On se demande même si le parti pris de notre développement ce ne serait pas la déconnexion. Il y a certes des bons moments que l’on veut immortaliser, faire un selfie avec Uini Atonio et le poster sur Facebook, je le conçois… si c’est pour revivre des actions sur son téléphone, je dis stop. Peut-être que nous allons être amenés à délivrer plus de statistiques sur écran géant. Il y a des tendances sur lesquels nous sommes dubitatifs.

La taille du stade n’est-elle pas un frein au développement du club ?
Non. Il faut connaître le marché du rugby et regarder les affluences. On constate qu’elles se tassent. Notre ambition c’est d’avoir un stade plein tout le temps. Il n’y a aucun intérêt à avoir un stade de 20 000 places qui soit rempli aux deux-tiers souvent et plein uniquement lors des grosses affiches… Le plus important c’est la qualité de l’enceinte, de l’expérience.

Quand vous avez retrouvé le top 14, vous aviez évoqué de possibles rencontres décentralisées, est-ce encore à l’ordre du jour ?
Non. Quand on a 11 000 abonnés, il serait inconvenable de les déplacer. Le public aime ce stade et s’abonne aussi pour lui. Nous sommes le club de La Rochelle et on préfère que les retombées économiques aient lieu dans l’agglomération rochelaise.

Propos recueillis par Philippe Brégowy