L’invité : Jean-Jacques Ferro, 50 ans de plongée sous-marine

Publié le 15 juin 2017 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Jean-Jacques Ferro en tenue de scaphandrier lors d’une intervention.

Il a permis de sauver le Manuel Joël à La Rochelle. Le scaphandrier Jean-Jacques Ferro en dit plus sur sa profession et revient sur ses 50 de ans plongée sous-marine.

On lui disait que c’était impossible et pourtant, il l’a fait. Le 3 mai dernier, Jean-Jacques Ferro et son équipe parvenaient à remonter des eaux le Manuel Joël, un chalutier classé Monument historique appartenant au Musée maritime. A 65 ans, le seul et unique Maître Artisan scaphandrier de France décrit les multiples aspects de sa profession et évoque son amour de la plongée sous-marine. Une passion qui l’a mené vers bien des expériences, de la découverte d’un site archéologique à la réalisation de reportages pour l’émission Ushuaïa.

Jean-Jacques Ferro, votre profession est assez méconnue du grand public. Parlez-nous du métier de scaphandrier.
Il y a environ 1 500 scaphandriers en France. Nous sommes chargés d’inspecter toutes les maçonneries et les fondations qui sont immergées. Nous pouvons être demandés partout dans le pays mais aussi à l’étranger. Par exemple, on peut en trouver dans l’offshore, dans le secteur du pétrole. Nous sommes environ 600 à œuvrer en permanence dans les travaux publics.

Sur quel type de mission peut-on vous trouver ?
En ce moment, je suis en mission pour le Département. Je travaille sur les siphons, c’est-à-dire les canaux qui passent en dessous des ouvrages. Il faut entrer dans des canalisations qui font entre 60 cm et 2 m de large et jusqu’à 50 m de long. On peut aussi évoquer les barrages ou les quais. On travaille aussi dans des stations d’épuration. Nous inspectons puis nous rédigeons des rapports pour expliquer le type de réparations à effectuer. Parfois, on nous demande de les faire. Par exemple, les quais des bords de Charente à Saint-Savinien, ce sont des scaphandriers qui ont fait les réparations. J’ai aussi travaillé avec la piscine Joséphine-Baker à Paris, la seule piscine flottante d’Europe. Elle est installée sur la Seine. On a été chargé de l’entretien des flotteurs.

Vous êtes donc assez polyvalent.
Le métier de scaphandrier permet de recouper beaucoup de domaines : mécanique, maçonnerie, charpente et bien sûr tout ce qui concerne le côté maritime car nous sommes tous des marins même si on travaille à 90 % en eau douce. Il faut effectivement être très polyvalent. Par exemple, quand on met des coffrages en place, il faut couler du béton. Cela nous sert pour réparer les ouvrages d’art, les quais, les ponts.

Vous êtes aussi capable de remonter les bateaux coulés à l’aide ballons flotteurs comme avec le Manuel Joël. Une mission particulièrement difficile ?
La difficulté principale, c’est qu’il n’y avait pas suffisamment d’eau, seulement 5 m. Pour un bateau de cette taille-là, c’est problématique. Le chalutier avait un centre de gravité complètement farfelu puisque les lests ont été enlevés. A chaque fois qu’il remontait à la surface avec la coque pleine d’eau, le point de gravité remontait et les mats avaient tendance à faire la quille donc à replonger. Sans parler du fait que le fond du port est rempli de cochonneries. Le Manuel Joël a coulé à l’endroit que l’on appelait l’atelier des funes, c’est-à-dire les câbles qui tiennent les filets de pêche. Dès qu’ils avaient des chutes, ils balançaient tout à l’eau. Cela nous empêchait de creuser le fond pour passer nos sangles en dessous de la coque.

Pourtant, vous avez réussi.
C’est un grand souvenir car beaucoup de collègues avaient été consultés et avaient considéré que c’était impossible de le remonter avec cette méthode. Cela m’a fait plaisir de trouver une solution. C’est beaucoup moins cher que l’utilisation de grue. Pour le soulever de l’endroit où il était, il aurait fallu une grue de 500 tonnes qui aurait coûté aux alentours de 100 000 euros.

Est-ce à ce jour, votre plus beau souvenir professionnel ?
Non car en plus de 50 ans de plongée, j’ai eu la chance de vivre beaucoup d’expériences. Par exemple, j’ai travaillé avec l’ethnologue et cinéaste François-Xavier Pelletier pour l’émission Ushuaïa. J’ai la chance d’avoir des compétences en cadrage car j’ai travaillé avec des gens qui m’ont appris sur le tas. Nous avons fait plusieurs reportages, dont un sur les dauphins d’eau douce.

Vous avez côtoyé Nicolas Hulot ?
On s’est rencontré une fois à La Plagne car François-Xavier Pelletier y recevait le prix de l’aventure et c’est lui qui présentait l’émission. Il m’a paru sympathique mais je ne le connais pas particulièrement.

Vous pratiquez la plongée depuis plus de 50 ans. Comment vous est venue cette passion ?
A 7 ans, on me demandait ce que je voulais être, je répondais : homme-grenouille. Je suis de la génération de Cousteau, du monde du silence. Ça m’a donné envie. J’ai commencé à plonger vers 14-15 ans. De toute façon, c’était soit ça, soit cascadeur ou chercheur de trésors.

Vous n’avez donc jamais trouvé de trésors ?
Si, des trésors archéologiques. Je faisais partie de la société des sciences de Surgères. Avec des collègues, en 1992, au cours d’une plongée, on a découvert un site qui remonte du néolithique jusqu’à nos jours. Il y avait des traces de silex, de foyers anciens ainsi que des vestiges gallo-romains, une passerelle en bois qui date de l’époque Charlemagne mais surtout des objets de l’époque celte dont une magnifique épée et des haches taillées.

A vous entendre, on ne peut s’empêcher de repenser à Tintin qui plonge à la recherche du trésor de Rackam le rouge. Pourtant, on imagine que la technique de plongée a bien changé depuis l’époque de la bande dessinée.
Oui, car aujourd’hui on plonge à l’air seulement jusqu’à 50 m de profondeur. L’air est composé à 79 % d’azote. A partir d’une certaine profondeur, l’azote devient toxique. Il faut donc faire des mélanges afin de ne pas risquer l’intoxication. La tenue de scaphandrier est un peu moins lourde. Le casque est complètement similaire à ceux des anciennes tenues sauf que maintenant c’est du polycarbonate et non plus du cuivre et du bronze. Aujourd’hui elle fait 55 kg, cela reste lourd. A 65 ans je commence à le sentir. Quand il faut remonter des échelles sur 6-7 m, c’est vraiment dur physiquement.

Vous pensez à la retraite ?
Oui, je vais arrêter. Mon gendre, qui est aussi scaphandrier, va reprendre l’entreprise. Je l’ai initié à la plongée il y a 8 ans et j’espère bien le conduire jusqu’au grade de Maître Artisan. Il s’appelle Vincent Dbjay, c’est un nom dont on parlera car il fait vraiment de belles choses. Désormais je vais consacrer du temps à mes autres passions : l’archéologie, la pêche et mon potager. Sans oublier mes petits enfants… qui seront peut-être un jour scaphandriers.



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