L’invité : Pierre Lénert, initiateur de Sérénade

Publié le 10 août 2017 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Le directeur artistique du festival de musique de chambre de Surgères, revient sur sa carrière qui l’a mené de l’Opéra de Paris jusqu’à Surgères.

Pierre Lenert, directeur artistique du Festival de musique de chambre (Photo Caroline Doutre)

Cela fait déjà 12 ans que Pierre Lénert a créé le festival Sérénade. Premier alto de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, le musicien a eu un coup de cœur pour Surgères, une ville dont il a su déceler le potentiel pour accueillir un rendez-vous annuel des passionnés de musique de chambre. À 51 ans et après plus de 30 ans de carrière bien remplis, sa passion ne semble pas faiblir. Bien au contraire.

Comment vous est venue votre passion pour la musique classique ?

À vrai dire, j’ai toujours baigné dedans car mes parents sont également musiciens. Mon père est violoniste, ma mère pianiste. Beaucoup de leurs amis musiciens venaient à la maison où il y avait toujours des concerts et de grandes discussions sur la musique. Pour ma part, j’ai commencé le violon lorsque j’avais huit ans. C’est mon père qui m’a initié.

Avoir son père comme premier maître, cela doit être très exigeant…

Quand on est enfant on ne s’en rend pas bien compte mais c’est vrai que ça fonctionne rarement bien en famille. Je crois que c’est le caractère de l’enfant qui fait que ça fonctionne ou pas. Mon père est un excellent pédagogue mais au début, c’est un petit peu difficile. Il m’a fait travailler tous les soirs pendant deux heures, de 20h à 22h.

Comment avez-vous vécu cette première formation ?

Moi ça ne me déplaisait pas. Plutôt que d’aller jouer au foot ou faire du vélo après l’école, je pratiquais mon instrument. Si l’enfant est bien pris en main, cela peut bien fonctionner mais il faut qu’il l’accepte. L’enfant est heureux lorsqu’il progresse mais ce n’est pas facile de faire progresser quelqu’un. Être professeur, ce n’est pas donné à tout le monde. Si on connaissait la recette, le monde irait beaucoup mieux.

Où avez-vous poursuivi votre apprentissage ?

J’ai fait le Conservatoire Supérieur, d’abord en violon puis en alto à partir de 16 ans. À la base, j’avais commencé pour faire des progrès de son en violon. Seulement, j’ai commencé à bien accrocher avec cet instrument. Je l’ai travaillé de plus en plus, je me suis ouvert à son répertoire qui est passionnant.

À quel moment êtes-vous devenu musicien professionnel ?

Cela a commencé lorsque j’ai fait des concours internationaux. Pour l’anecdote, le premier avait lieu en Allemagne de l’Est. C’était en 1985 donc on était encore à l’époque de la RDA. On a été accueillis par des militaires avec des mitraillettes et nous étions suivis sur place. C’était un autre monde. J’ai eu la chance de gagner le prix mais il a été payé en marks de la RDA, ça ne valait presque rien. Cette récompense m’a tout de même permis d’être sponsorisé par la Fondation Philipp Morris, la marque de cigarettes. À l’époque, ils finançaient beaucoup d’initiatives culturelles. Ils m’avaient donné un récital à la Salle Gaveau. Après, j’ai passé le concours de l’Opéra de Paris et j’y suis entré. J’avais 19 ans et j’y suis encore aujourd’hui.

19 ans, c’est très jeune…

À cet âge-là on ne se rend pas compte. Je venais de passer mes concours internationaux, c’était la suite logique. L’Opéra, c’est ma passion. C’est un rêve dont je ne pouvais me défaire. J’ai passé le concours et j’ai réussi. Il faut dire aussi que c’était une autre époque, on travaillait beaucoup moins qu’aujourd’hui donc ça laissait du temps pour faire une carrière à l’extérieur. J’ai passé d’autres concours internationaux et j’ai pu voyager énormément.

Qu’avez-vous fait une fois que vous êtes entré à l’Opéra ?

Je suis allé aux États-Unis où j’ai pu rencontrer Paul Tortelier. C’est lui qui m’a conseillé d’arrêter l’instrument quelque temps pour étudier l’histoire de mon instrument, pour bien comprendre ce que l’on joue. Là-bas, j’ai également pu côtoyer des grands noms comme Isidor Cohen, Rudolph Serkin ou encore Félix Galimir qui avait des diamants sur les chevilles de son violon. Il nous disait souvent : « Regardez les jeunes. Plus je vieillis et moins j’arrive à faire sonner mon instrument mais plus il vieillit et mieux il sonne« . J’ai aussi joué sous la direction de Yehudi Menuhin qui était quelqu’un de profondément humain, qui faisait tout pour nous faire grandir. C’était vraiment un personnage extraordinaire.

Vous avez eu l’occasion de beaucoup voyager. Quels sont les pays qui vous ont le plus marqué ?

J’adore la Russie. Les Russes sont extrêmement cultivés et possèdent une vraie sensibilité musicale. J’ai ressenti une très grande énergie de la part des Américains, ce sont des gens très optimistes qui cherchent toujours à positiver. On le ressent particulièrement à New York.

Et ailleurs ?

Il y a aussi l’Angleterre que j’apprécie beaucoup. Chaque pays a ses codes et ses cultures. En tant que musicien, je ne me considère pas français mais citoyen du monde. On va dire que nous sommes utopistes mais s’il pouvait ne plus y avoir de passeports et de frontières, ce serait l’idéal. Sans pour autant renier les cultures de chacun.

En parlant de diversité, appréciez-vous d’autres types de musiques que le classique ?

J’adore le jazz. J’ai énormément écouté des artistes comme Grappelli, Reinhardt, Armstrong ou Fitzgerald. Du rock aussi. J’aime beaucoup Queen et Muse, que ma fille écoute beaucoup. J’apprécie aussi les vieilles mélodies comme Le Temps des cerises ou les chansons de Brassens. J’écoute beaucoup moins le classique qu’avant car j’en fais beaucoup à l’Opéra. Mais j’essaye d’écouter un peu de tout. Sauf du rap (rires).

Aujourd’hui, à quoi ressemble votre quotidien de musicien ?

J’essaie de vivre ma vie de musicien au maximum. Je joue des concertos, de la sonate, de la musique de chambre, de l’orchestre et de l’opéra. C’est vraiment complet. Je me dis que c’est vraiment génial, c’est une vraie richesse de pouvoir faire ça. C’est pour ça que l’été, j’essaie de créer des festivals comme Sérénade ou Le Goût de la musique à Luçon, pour faire de la musique avec des gens que j’aime. C’est une vie tout en musique.

Justement, comment est né le festival Sérénade ?

Je suis venu plusieurs fois en vacances à Surgères et à chaque fois, je m’ennuyais un peu. Il y avait beaucoup d’événements musicaux mais rien pour la musique de chambre. Je sentais qu’il y avait un manque donc je suis allé voir Catherine Desprez, qui était à l’époque adjointe à la culture. Je lui ai proposé de créer quelque chose avec elle et elle m’a fait confiance. C’était en 2005. On a commencé tout petit et on a grandi. C’est une belle aventure humaine.

Vous semblez très attaché à Surgères…

C’est une ville très agréable, que j’ai vu évoluer. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé. Le centre a été totalement rénové. L’équipe est formidable, de nombreuses personnes me soutiennent à la mairie. La commune est à l’image du festival, on a grandi avec la ville. J’espère que cela va perdurer encore longtemps.



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