L’invitée de L’HEBDO : la députée Suzanne Tallard

Publié le 13 avril 2017 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Suzanne Tallard quitte les bancs de l’Assemblée, mais elle restera impliquée dans la vie locale.

La députée socialiste de la 2e circonscription ne brigue pas de second mandat. Elle tire le bilan de ses cinq années en tant qu’élue nationale.

Cinq années, c’est long mais ça passe vite. Pour Suzanne Tallard (PS), c’est déjà la fin de ce premier et unique mandat de députée sur la circonscription de Rochefort-Aunis. Un mandat qui a été particulièrement agité, mais riche d’enseignements.

Quel bilan tirez-vous de votre mandat ?
Sur le plan national, c’était un mandat compliqué, spécialement pour moi car je suis quelqu’un qui a toujours eu la chance de pouvoir avancer en politique selon mes convictions et mes valeurs. Je me suis retrouvée, sur un certain nombre de sujets, en porte-à-faux avec le gouvernement que je devais soutenir. Je ne dis pas sur tous les sujets : c’est en gros les domaines économique et social qui m’ont amenée à devenir « frondeuse ». Mais je suis une frondeuse qui a été désolée de l’être.

C’est-à-dire ?
Ce n’est pas du tout une posture a priori : ça l’est devenu en particulier à partir des élections municipales de 2014 où nous avons été un certain nombre de députés à demander fortement, et de manière très ouverte, au gouvernement de réorienter sa politique. Mais ça n’a pas été possible, il y a eu des oppositions systématiques. Des compromis étaient possibles, notamment sur la loi Travail et la loi Macron, mais le Premier Ministre n’en a pas voulu. Il s’agissait de ne donner aucun gage aux frondeurs.

Qu’allez-vous retenir sur le plan législatif ?
Pendant cinq années, des lois importantes ont été adoptées qui sont à mettre au crédit de la gauche et dont je suis très fière. Je n’en cite que quelques-unes : la loi sur le non-cumul des mandats qui sera appliquée dès le mois de juin prochain ; les lois sur la transition énergétique, énorme enjeu sur les prochaines décennies ; sur la préservation de la biodiversité, tout aussi importante bien que moins visible ; la loi instaurant le mariage pour tous, bien sûr. Je terminerai par celle qui touche à la transparence de la vie publique. La déclaration de patrimoine obligatoire et la publicité sur la répartition de la réserve parlementaire constituent des avancées. Mais on sait que sur ce sujet beaucoup de progrès restent à faire. Le prochain gouvernement en aura-t-il le courage ?

Et au niveau local, quel bilan faites-vous ?
J’étais un peu habituée, en étant maire d’Aytré, à recevoir nos concitoyens qui sont en grande difficulté. Ils viennent voir le maire, puis le député sur des sujets de logement essentiellement, de travail, et des dossiers santé sur lesquels on demande notre appui. On arrive à résoudre certaines situations. Mais j’ai toujours une interrogation qui me taraude : comment font les personnes qui sont en difficulté et qui n’ont pas l’idée d’aller voir le député ? Et bien elles restent dans les difficultés et ça me fait mal au cœur. Nous constatons que les démarches sont compliquées, et quand les personnes ne sont pas informées, c’est extrêmement difficile de faire avancer les dossiers. Quand on parle de simplification, très franchement il y a du travail à faire.

Que retenez-vous de votre mandat ?
On a la chance à l’Assemblée Nationale de pouvoir rencontrer les meilleurs sur tous les sujets. J’étais membre de la commission développement durable, et on a auditionné des dizaines de personnes qui sont toutes plus compétentes les unes que les autres et qui ont écrit des livres qu’il faudrait pouvoir lire. On ne peut pas attraper la pensée de quelqu’un en une heure, mais il faut se plonger dans son œuvre. Ça veut dire que j’ai beaucoup de livres à lire, qui s’entassent chez moi, donc je sais ce que je ferai après la fin de mon mandat.

Et sur le terrain ?
Ici à Rochefort, j’ai eu une expérience très riche, très variée, notamment du côté des entreprises. On voit sur ce territoire des pépites absolument inconnues et qui mériteraient d’être connues du plus grand nombre. Je parlerai de NDC Foundry, qui est une petite fonderie à Rochefort qui fait un travail magnifique. Mais aussi du CRITT horticole qui fait un travail discret mais novateur.

Selon vous, quels défis devra relever votre successeur(e) ?
Toujours le développement économique de notre territoire fragile. Il y a ici des donneurs d’ordres prestigieux, qui mettent une pression forte sur les petites entreprises en termes de prix ou de délais, qui peuvent les mettre en difficulté. Donc le soutien aux petites entreprises est absolument indispensable. Il faut aussi les soutenir dans leur coordination car la volonté est là. Et puis le soutien aux activités culturelles, car un territoire ne peut pas s’épanouir s’il n’y a pas un secteur culturel dynamique.

Y a-t-il des dossiers d’importance ?
La desserte du territoire. Il faut absolument développer l’axe La Rochelle – Marans, et au-delà vers la Vendée. Et puis évidemment la desserte Fontenay-le-Comte – Rochefort : il n’y aura pas d’autoroute, mais il faut une desserte, et le point numéro un, l’urgence des urgences, c’est évidemment le contournement de Marans. Cette ville qui a aussi des atouts magnifiques souffre de cette rue d’Aligre morte, ce qui est une vraie désolation.

Dans votre camp, la succession s’annonce difficile…
Je vais vous dire en quelques mots qu’elle ne me convient pas du tout, et je m’arrêterai là.

Que souhaitez-vous à votre successeur(e) ?
D’avoir les moyens et la volonté d’accompagner les acteurs du territoire dans tous les domaines, car je suis persuadée qu’il ne faut pas tout attendre de la politique nationale. Il faut prendre appui sur les volontés, les richesses et la dynamique des territoires. Je pense qu’on peut être très opposés sur des options nationales qui sont idéologiques, mais quand on réfléchit au développement d’un territoire, les oppositions s’atténuent et tout le monde sait tirer ensemble dans le même sens. C’est ça qu’il faut mettre en œuvre, avec les moyens pour que ce soit accompagné nationalement, même si on sait que les difficultés vont être financières.

Quelle va être la suite pour vous ?
D’abord me poser un peu, arrêter de courir… Lorsque j’ai quitté l’enseignement, il y a presque vingt ans, je me suis retrouvée en retraite. Pendant plusieurs semaines, je me suis réveillée le matin en me disant  » C’est magnifique, je ne courrai plus jamais « . Bon, je me suis largement trompée (rires). Je ne dis pas que je vais m’arrêter de courir, mais je vais courir moins et je vais m’orienter vers les actions locales en matière d’environnement et de développement de l’économie sociale et solidaire, qui me semble très importante. Des initiatives existent, des gens sont à l’œuvre depuis des années, et je vais voir comment je pourrai accompagner ces personnes et ces associations dans ces domaines qui me semblent essentiels.



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