Ovidie, l’ancienne star du X devient lanceuse d’alerte

Publié le 31 octobre 2018 | Actualité / L'invité de L'HEBDO / Une

Ovidie : « On dit qu’il faut davantage d’éducation sexuelle mais dès qu’il y a une annonce de ce type, il y a des levées de boucliers »

Documentariste et écrivaine, Ovidie utilise son expérience du monde du porno pour sensibiliser le public aux dangers de l’hyper-accessibilité de ces contenus.

Après une carrière dans le monde du X marquée par son combat féministe, Ovidie s’est tournée vers les documentaires et les livres. Elle interroge l’accessibilité du porno par les jeunes et la manière d’en parler avec eux.

Que pensez-vous des mouvements BalanceTonPorc et MeToo ?
J’ai fait partie des personnes qui ont soutenu MeToo. On accuse Internet, à tort ou à raison, d’être source de surconsommation de porno, de harcèlement, finalement de tous les maux de la terre. Mais en même temps, on a pu voir qu’Internet permettait la libération d’une parole et que ça pouvait être une sorte d’antidote au poison. En France, on avait vu des hashtags comme PayeTonUtérus ou PayeTonGynéco. C’était une sorte de proto-mouvement MeToo : des femmes qui n’avaient pas forcément accès aux médias habituellement pouvaient s’exprimer partout. Des millions de femmes ont témoigné et ça a été incroyable. Les contre-tribunes ont aussi été intéressantes à observer, par exemple celle dite « Deneuve ».

Qu’en avez-vous pensé ?
Je l’ai interprétée comme une forme de confiscation de la parole des jeunes femmes du peuple qui s’exprimaient sur les réseaux sociaux, de la part d’une certaine élite intellectuelle qui en gros disait aux femmes : «Les agressions ne sont pas si graves que ça, c’est parce que vous sacralisez trop la sexualité. Il faut savoir séparer âme et corps, vous projetez trop de choses sacrées dans votre corps et c’est pour ça que vous ne pouvez pas vous remettre de vos agressions. Finalement, une main aux fesses ce n’est pas si grave ». Ce n’est pas exactement ce que disait la tribune, attention, mais ce sont tous les discours qu’il y a eus autour à ce moment-là. J’ai pris ça comme un discours élitiste, limite comme un mépris de classe qui tendait à dénigrer ce formidable mouvement qu’a été MeToo.

Comment peut-on éduquer les gens et les jeunes au respect et à l’égalité des sexes ?
MeToo, quelque part, est une aubaine pour parler de sexe aux ados et aux plus jeunes, parce que ça nous permet de parler avec eux de consentement. On n’en a jamais autant parlé qu’aujourd’hui. Je me souviens quand j’étais au collège ou au lycée dans les années 90, on ne nous parlait jamais de consentement. J’aurais vraiment aimé, au début de ma sexualité ou de ma découverte de la chose, qu’on puisse m’en parler librement. Ça m’aurait fait réfléchir sur ce qu’on pouvait me dicter à l’époque, sur les injonctions.

Pour en savoir plus, lisez L’HEBDO du jeudi 25 octobre.

Cette interview fut réalisée dans le cadre du cycle “Parlez-moi d’amour”, organisé par la médiathèque d’Angoulême jusqu’à la fin de l’année.



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