Portrait : de la prison à l’art, Johnny L’imaginaire

Publié le 11 août 2016 | Une / Week-end

Johnny Naci a laissé place à l’artiste Johnny L’imaginaire © Ludo Naci Photography

Johnny Naci a laissé place à l’artiste Johnny L’imaginaire © Ludo Naci Photography

Johnny Naci alias Johnny L’imaginaire est né à Lille. L’artiste de 49 ans vit aujourd’hui en Charente-Maritime. Depuis 2001, Johnny Naci, vit plus qu’une nouvelle vie, une renaissance, sa renaissance. La création artistique est devenue toute sa vie. Pourtant, il revient de loin…

Johnny, un prénom qui sonne comme un nom de scène ; mais l’homme a eu une enfance difficile. « Un jour, mon père est parti, il a quitté ma mère pour une autre femme. Elle s’est donc retrouvée toute seule pour nous élever, ma sœur et moi. Très vite, elle ne pouvait plus subvenir à nos besoins. Nous passions des journées entières seuls à attendre qu’elle rentre de sa tournée des bars. Nous avons été placés en foyer d’accueil à Orléans. Le week-end, lorsqu’elle n’oubliait pas, elle venait nous chercher et nous laissait livrés à nous-même. Ma mère était alcoolique et l’alcool l’a tuée ».

C’est à l’âge de 9 ans, que Johnny est placé en foyer d’accueil. Sa mère malade décédera à l’âge de 29 ans, Johnny a alors 13 ans. « Je me souviens de ce jour-là ou plutôt de ce soir-là. Elle a souri et s’est éteinte à jamais ». Il restera en foyer d’accueil jusqu’à ses 18 ans.

Le monde imaginaire de Johnny : une fourmi géante © Johnny L’imaginaire

Le monde imaginaire de Johnny : une fourmi géante © Johnny L’imaginaire

« Ma tête était vidée, comme libre »
Lors de son service militaire, il devient Chasseur Alpin à Chambéry. Ensuite, pour gagner sa vie il suit une formation pour être déménageur. Un métier qu’il exercera dans différentes entreprises. « Jusqu’à ma condamnation j’ai vécu une vie instable ». En 2001, il est en effet condamné à neuf ans de prison ferme. Johnny relate les faits comme un accident de la vie : « En 2001, suite à un incident dans ma vie, j’ai passé au final cinq ans derrière les barreaux, sans voir le monde extérieur ». Et c’est en prison qu’il a une révélation : « Le monde extérieur me manquait beaucoup. Je compensais en rêvant aux belles choses de la vie. Dans ma cellule, je n’avais pas peur d’être réveillé par les soucis du quotidien comme les factures non-payées et tout le reste. Ma tête était vidée, comme libre ».

Au fil des jours passés en prison, Johnny Naci laisse place à Johnny L’imaginaire. « Sans pouvoir observer ou toucher ces choses qui me manquaient tant ; je me suis mis à créer tout ce que j’imaginais avec les moyens du bord comme du savon, une fourchette, un drap… ». Dans sa cellule, Johnny ne sombre pas, bien au contraire il revit. « Cette passion a pu s’épanouir à cause ou plutôt grâce à cet ennui constant que l’on ressent dans une cellule. Je n’avais rien à faire ». Aujourd’hui, Johnny parle de sa création comme d’une passion. « Je fais de la transformation que j’imagine à partir d’objets du quotidien, de la vie de tous les jours ». Ainsi ses créations sont parfois motorisées en grandeur réelle ou en miniature comme un scooter, un tracteur, une tondeuse, un quad… ou fonctionnent à l’électricité tels que des lampes de chevet ainsi que toutes sortes d’objets de décoration.

Deux roues motorisé © Johnny L’imaginaire

Deux roues motorisé © Johnny L’imaginaire

Un retour positif à la vie
Johnny L’imaginaire est aussi peintre à ses heures : « Je réalise des peintures faites entièrement à main nue. Malheureusement, j’ai dû suspendre momentanément cet art, faute de place ».

Pour autant, l’artiste ne vit pas encore de ses créations même si cela fait partie des objectifs qu’il s’est fixés et qu’il espère concrétiser dans un futur proche. « Mes projets sont de vivre de ma passion ; une passion que je veux partager. J’aimerais transmettre mon savoir à des personnes qui cherchent une occupation. Certaines possèdent peut-être un don artistique sans le savoir et j‘aimerais les amener à le découvrir ». Pour cela il envisage de suivre une formation qui lui permettrait d’enseigner la pratique artistique.

En attendant de réaliser ses futurs projets, L’imaginaire Johnny, compte sur ses expositions. Celles-ci sont pour lui un retour positif à la vie. « J’adore ce monde imaginaire. Il me rend tellement bien ». Il espère qu’elles plairont au public. « Je me vois évoluer professionnellement dans les années à venir. Notamment en continuant à progresser dans mes créations artistiques ». Un jour prochain, il aspire à être reconnu en tant qu’artiste à part entière. En concrétisant son projet, Johnny rend aussi hommage en quelque sorte à sa sœur. « Je dois tout à ma sœur, elle a toujours été très présente pour moi, surtout à ma sortie de prison. Elle m’a hébergé et aidé à me réinsérer. Je ne la remercierai jamais assez ». Si Johnny a réussi sa réinsertion où d’autres ont échoué, il n’oublie pas que c’est en prison que tout a commencé dans sa quête de création artistique.

Johnny L’imaginaire exposera les 26 et 27 novembre au marché de Noël de l’Houmeau.

Renseignements : johnnylimaginaire@gmail.com



Un commentaire pour “Portrait : de la prison à l’art, Johnny L’imaginaire”

  1. Félicitations je t’ai vu commencer à créer et j’ai très vite compris que tu avais un talent caché j’étais avec toi en 2001 et t’ai revu en 2004 et tu étais devenu un créateur. Bravo et bonne continuation.

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