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Food-trucks : le succès est au bout du bon emplacement

Le concept du “camion cantine“ ne date pas d’hier. Après avoir séduit les grosses agglomérations, les food-trucks s’attaquent désormais aux zones périurbaines. Ils s’appellent Nicolas, Laurent, Axel, Chloé ou encore Valérie et se sont lancés dans l’aventure.

Food-trucks : le succès est au bout du bon emplacement
Ferrières, Thairé, Longèves, Saint-Jean-de-Liversay, Saint-Sauveur-d’Aunis : si le concept du “camion cantine“ ne date pas d’hier, après avoir séduit les grosses agglomérations les food-trucks s’attaquent désormais aux zones périurbaines.
[caption id="attachment_319" align="alignnone" width="630"]L’emplacement doit être bien pensé avant de s’installer avec son food-truck. L’emplacement doit être bien pensé avant de s’installer avec son food-truck.[/caption]

Le concept du “camion cantine“ ne date pas d’hier. Après avoir séduit les grosses agglomérations, les food-trucks s’attaquent désormais aux zones périurbaines. Ils s’appellent Nicolas, Laurent, Axel, Chloé ou encore Valérie et se sont lancés dans l’aventure.

Prenez, par exemple, un ancien camion de boucher ambulant. Réalisez à l’intérieur quelques travaux pour y aménager notamment une cuisine. Vous avez alors pour quelques milliers d’euros ce que les Américains appellent un food-truck. Entendez par là, un camion cantine, voire un camion restaurant. Si le concept du food-truck trouve ses origines lors de la Guerre de Sécession, il n’a cependant fait son apparition chez nous qu’à la fin des années 2010. Rien à voir malgré tout, avec les populaires camions pizzas, qui eux, se sont intégrés depuis belle lurette dans le paysage urbain.

Nicolas Eclercy et son associé Laurent se sont lancés dans l’aventure food-truck en novembre dernier. Pari audacieux pour les deux compères, installés dans leur camion Eccoci Quà (nous voilà), que d’aller marcher sur les plates-bandes des fast-foods, voire même d’essayer de les concurrencer directement. Leur arme pour cela ? Le steak haché ! Fort de l’expérience passée par son associé dans une de ces grandes chaînes, Laurent n’y va pas avec le dos de la cuillère, « dans un fast-food, le poids d’un steak haché n’est que 40 grammes. De plus, bien souvent il n’est constitué que d’un agglomérat de tissus fibreux mélangés entre eux ». « Pour nous, priorité à la qualité », preuve en mains et juste sortis de son frigo, « dans nos hamburgers, le steak pèse 100 grammes et n’est pas congelé. Je les achète tous les matins chez mon boucher au marché. Idem pour les petits pains ronds, ils viennent de chez un vrai boulanger qui me les prépare spécialement ».

Chloé et Axel Louvé ont, eux, poussé le bouchon encore plus loin. Leur maintenant célèbre Tube HY est remisé pour l’hiver. “Le camion de la ferme“ ne reprendra donc la route qu’en avril prochain. Laps de temps mis à profit pour commencer les travaux de rénovation de la ferme de 24 ha qu’ils viennent d’acquérir à Clavette. À terme, elle devrait y accueillir leur propre restaurant. « Mais le camion continuera à tourner tous les midis », précise Chloé. Depuis leurs débuts sur les routes en mai 2014, le jeune couple s’est mis un point d’honneur à ne servir que des plats cuisinés par eux-mêmes et à base de produits bio, principalement les légumes et les œufs, « nous voulons être porteurs d’une image authentique et locale ».

De nouvelles zones de chalandise Le concept du Food-truck semble avoir actuellement le vent en poupe et ne nécessite pas forcément de gros moyens financiers pour se lancer. Il apparaît assez facile d’y faire sa place. Mais de là, à en trouver une réellement, c’est assurément une autre paire de manches. Trois possibilités de stationnement de leur camion pour ceux qui veulent en croquer. Le domaine privé moyennant une entente avec le propriétaire des lieux, le domaine public sous couvert d’une autorisation municipale et enfin les marchés. Difficile d’obtenir une réelle fourchette de prix concernant le stationnement sur un terrain privé. C’est un peu la loi de l’offre et de la demande, et pas forcément le système le plus recherché par les propriétaires de food-trucks. Chloé et Axel n’en n’ont pas voulu, « Généralement en campagne, il faut compter une centaine d’euros à l’année, mais nous, on cherchait du gratuit ». Il semble difficile cependant d’obtenir, suivant les communes, une autorisation de stationner sur le domaine public. Laurent a envoyé une soixantaine de demandes, et n’a obtenu que trois réponses positives en périphérie de La Rochelle, « certains maires ne m’ont même pas répondu. J’ai alors essayé d’élargir le cercle. Mais la plupart du temps, ce sont des refus comme à Surgères et à Aigrefeuille-d’Aunis par exemple ». « Plus de disponibilité sur l’espace public », selon Stéphane Augé, 5e adjoint de la ville de Surgères en charge des commerces, foires et marchés. Problèmes logistiques soulevés également par l’édile, « il faut leur mettre à disposition l’électricité et voir pour l’évacuation des eaux ». Cependant la plupart des food-trucks sont autonomes sur ces deux points. Le problème ne serait-il pas ailleurs ? Particulièrement concernées les petites communes situées en zones de ruralité. Bien souvent ces dernières privilégient les commerces de proximité afin de maintenir une activité au cœur des bourgs. Commerçants et municipalités ne voient pas toujours d’un bon œil l’arrivée de ces camions non assujettis à une quelconque redevance foncière et taxe liée à leur publicité. Une sorte de concurrence déloyale en fait. Qui plus est sur le sujet, pour Stéphane Augé, « de toute façon nous avons déjà des offres de restauration rapide en centre-ville et dans la zone commerciale… ».

Dernière opportunité, les marchés qui pour la plupart sont dominicaux. Unanimité sur la question pour tous, « les gens n’y viennent pas pour manger, puisqu’à midi ils vont tous déjeuner chez mamie… ». Malgré ce constat, ce n’est pas encore le blues du Food-trucker, car la pugnacité et l’originalité peuvent parfois finir par payer. Certains ayant dès le départ choisi de jouer la carte 100 % ruralité et concept novateur, semblent avoir décroché la timbale.

Suite du dossier sur la page 2 (en dessous de la photo à droite)

[caption id="attachment_322" align="alignnone" width="630"]Pour Laurent la qualité prime. Pour Laurent la qualité prime.[/caption]

[caption id="attachment_320" align="alignnone" width="630"]Odeur de friture et gouaille de patronne, oui c’est bien là ! Odeur de friture et gouaille de patronne, oui c’est bien là ![/caption]

Valérie est de celles qui ont essuyé les refus des grandes agglomérations. Elle a donc décidé, il y a deux ans et demi, de tout miser sur le nord est de l’Aunis.

« L’année de mes quarante ans, je me suis dit, c’est maintenant ou jamais ». Professionnellement Valérie est une touche à tout. Originaire de Dunkerque, elle a même travaillé dans le nautisme. « “Plus belle la ch’tite frite”, je n’ai pas fait simple, reconnaît la food-truckeuse de l’Aunis en parlant du nom de son camion. Une erreur de débutante, que j’ai vite comprise, lorsque j’ai commencé à compléter des chèques afin de les encaisser ».

Valérie décide alors de faire le grand pas et de voler de ses propres ailes, avec, pour projet, d’ouvrir une baraque à frites ambulante. Premier écueil rencontré, la banque, « faites donc des pizzas, les frites ça ne marchera jamais ». Devant le refus des banquiers de la suivre dans son projet, Valérie a décidé alors de faire un prêt personnel.

Second problème à éluder, trouver un emplacement sur le domaine public, « J’ai écrit par trois fois à La Rochelle. En réponse, trois refus. J’en ai obtenu au total une quarantaine. Certains me disaient même : les rues, c’est fait pour les riverains ». Malgré cela et à force de pugnacité, Valérie a réussi à faire son trou et fait maintenant partie intégrante du paysage du nord de l’Aunis. Aujourd’hui, elle stationne son camion toutes les semaines à Ferrières, Thairé, Longèves, Saint-Jean-de-Liversay et Saint-Sauveur-d’Aunis. Qui plus est, « maintenant que je suis connue, ce sont les communes qui me téléphonent pour que je vienne ». Mais pas question pour elle de faire des infidélités pour autant à ceux qui ont su lui faire confiance, « à Longèves par exemple, c’est le second adjoint, Claude Macaud qui m’a monté un dossier de bourse régionale. J’ai obtenu 4 200 euros ».

Et c’est bien devant cette mairie de Longèves qu’il règne une drôle d’ambiance tous les vendredis soir. À l’odeur de friture, comme à la gouaille de la patronne on ne peut pas louper l’endroit. Une sorte de café où l’on cause… en plein air. Ils sont une dizaine à attendre leurs fricadelles ou autres paninis au maroilles ce soir-là. Michel, Parisien installé à Longèves depuis six ans maintenant en fait partie, « la baraque à frites de Valérie ? Elle est unique ! Je viens pour tout ici. Aussi bien l’accueil que les frites ». Côté accueil, c’est simple. Valérie arbore un large sourire et y va de son franc parlé, « il devrait nous passer le film les Chtis au moins une fois par mois. Ce n’est pas du brin. La dernière fois, j’ai fait un malheur. C’était une tuerie, non de diousse » Pour ce qui est des frites, « c’est de la bintje qui vient de Belgique, bien sûr, et qui est cuite en deux temps ».

Pas le blues du food-trucker ni même sa complainte pour Valérie, mais plutôt son hymne, tout simplement. Le pari de l’audace et de l’originalité a donc payé. Valérie ne souhaite pas pour le moment voir plus grand, et ne pense pas un seul instant à aller faire cuire ses frites sur un autre territoire que sur celui du nord de l’Aunis.

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