Le 8 février 1868, dans une chambre misérable de la rue de l'École-de-Médecine à Paris, un homme met fin à ses jours en s'asphyxiant au charbon. Près du corps, quelques feuillets manuscrits et une lettre d'adieu adressée à une mère restée en Charente-Maritime. L'homme s'appelait Abel Barbin. Trente ans plus tôt, il était né à Saint-Jean-d'Angély sous le prénom d'Adélaïde Herculine. Longtemps reléguée à une note de bas de page de l'histoire médicale, sa trajectoire apparaît aujourd'hui comme un témoignage exceptionnel sur la violence des normes sociales au XIXᵉ siècle, au croisement du corps, du droit, de l'école, de la religion et des hiérarchies de classe. Ce destin singulier est remis en lumière à l'occasion de l'adaptation théâtrale Herculine Barbin. A-t-on vraiment besoin d'un vrai sexe ?, proposée par la Compagnie Parnas à l'Eden, jeudi 29 janvier. L'histoire d'Herculine Barbin n'est pas seulement celle d'une existence brisée : c'est aussi celle d'un texte unique, écrit par une personne issue des classes populaires, et dont la portée dépasse largement les débats contemporains.
Ce manuscrit, redécouvert au XXᵉ siècle par Michel Foucault, est au cœur du travail mené par l'historienne Gabrielle Houbre. Spécialiste de l'histoire du genre au XIXᵉ siècle, elle s'est intéressée de longue date aux trajectoires qui échappent à la stricte binarité des sexes. " J'avais déjà travaillé pendant des années sur la question des personnes qu'on appelait alors des “hermaphrodites” ", explique-t-elle. Lorsqu'elle découvre le dossier publié par Foucault en 1978, elle est frappée par les zones...
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